L’OTAN aura donc bien fêté son soixantième anniversaire à Strasbourg les 3 et 4 avril derniers. La France aura réintégrée le commandement de l’organisation trans-atlantique et pourra désormais répondre aux appels d’offres de l’OTAN en matière de contrat d’armements. Les flashs auront crépités à l’arrivée d’Obama, immortalisés les symboliques poignées de mains sur le pont de l’Europe, et le dispositif policier aura presque réussi à étouffer la contestation.
Symbolique également, les réticences de la Turquie à l’égard de la nomination d’un Danois au poste de Secrétaire de l’OTAN. Les caricatures de Mahomet ont laissé des traces, mais pas suffisamment pour qu’une promesse sur l’entrée de la Turquie en Europe débloque la situation. C’est aussi cela le fonctionnement de l’OTAN, la diplomatie et le consensus ! Pourtant, loin du Palais des Congrès, des tapis rouges, des buffets gargantuesques et des luxueux hôtels (le tout aux frais de la collectivité), relégué à la périphérie de Strasbourg, un contre sommet aura bien eu lieu ! Installé dans la banlieue Sud de la ville, un village autogéré a vu le jour, rassemblant plus de 4.000 militants. Les préparatifs auront été épineux mais les mois de travail des différents collectifs locaux, dont notamment la coordination Anti-Otan Strasbourg et le collectif Allemand Résistance des deux Rives, auront permis au village d’exister l’espace de quelques jours. Par cette structure éphémère c’est notamment la contestation de l’OTAN, de la guerre et du capitalisme qui a pu se cristalliser, mais ce fut aussi l’occasion de rencontres, d’échanges et de partages entre militants au niveau international.
Comme toujours, dans les contre sommets, un large éventail militant se sera rassemblé pour s’exprimer, et parfois lutter contre les intérêts des puissants, qu’ils soient financiers ou militaires. Ainsi on n’aura pas manqué les différentes organisations institutionnelles profitant de l’événement pour s’offrir une tribune politique, et renflouer les caisses à coups de merguez et autres sodas ! De l’autre côté, quelques milliers de militant-e-s, tentant de faire vivre un village international en autogestion, et d’animer un centre de convergence dans la salle du Molodoï. Si la semaine fût ponctuée par différentes actions, tentatives de blocages ou simplement des parades, le village aura été, plus qu’un simple lieu d’accueil, un gigantesque espace alternatif d’expérimentation autogestionnaire. C’est pour cette raison, que participer à un contre-sommet ne nous paraît pas inutile et encore moins néfaste à la lutte sociale, car c’est dans la multiplication de ces expériences autogestionnaires que l’on parviendra à une transformation sociale basée sur des principes libertaires. On pourra toutefois s’interroger sur certaines dérives dans les pratiques autogestionnaires du village, force et de constater que la défection continue d’une grande partie des camarades, participe entre autre à la création d’un noyau d’autogestion autour duquel gravite une nuée de « consommateurs ».

En effet, il est une question qui demeure dans le monde militant, la logique des contre-sommets est-elle encore pertinente ? Alors même que les dispositifs policiers empêchent désormais toute volonté de blocage et désormais même de contestation, on peut s’interroger à juste titre sur la portée politique d’un contre sommet, au vue de l’investissement et des risques encourus par les militant-e-s. À ce sujet, les avis sont donc bien partagés. De même répondre systématiquement à ces sommets internationaux, où il ne se passe parfois rien, ne revient il pas à organiser nos luttes en fonction de l’agenda des puissants, alors que nous devrions peut être dès maintenant créer l’alternative ? Pourtant, dur pour beaucoup d’entre nous, d’accepter de voir se dérouler de telles réunions, dans l’indifférence la plus totale. D’autant qu’on pourra malgré tout se réjouir des réussites de ce contre sommet. Tout d’abord malgré l’acharnement médiatique et les pressions politiques, les habitants de Strasbourg se souviendront longtemps de ces quelques jours, où leur ville, leur rue ne leur appartenait plus. Il n’y a qu’à voir le nombre de banderoles anti-otan et de drapeaux de la Paix qui ont fleuri sur les balcons strasbourgeois, malgré les tentatives policières de décrocher les symboles de la contestation. Ensuite c’est un autre lien qui s’est formé, celui-là beaucoup plus fort, unissant dans la lutte contre un monde sécuritaire, les militants du contre-sommet et les habitants du quartier populaire du Neuhof.
« Marre de cet Etat de Guerre ! » (dixit un collégien de Strasbourg)
Le sommet de l’OTAN aura été l’occasion d’un gigantesque déballage de moyens policier et militaire. Ainsi pour les quelques heures d’un sommet international, ce sont des centaines de millions d’euros qui auront été dépensés afin de réunir plus de 10.000 hommes et un dispositif terrifiant. Les caisses de l’état sont vides pour les travailleurs, la santé et les services publics, mais pas pour les banques et le maintien de l’ordre.

Au total ce sont 25.000 policiers qui ont été mobilisés, en comptant le dispositif allemand. Une présence massive de la police à Strasbourg, à Kehl et Baden Baden, depuis plusieurs semaines, s’intensifiant à l’approche du sommet. En plus des traditionnels CRS et Gendarmes Mobiles, ce sont des brigades entières qui ont sillonnées la ville, soutenu dans leur action par des convois militaires, jeep de l’armée et camions de transports de troupes, remplis de bidasses ! Gaz lacrymogène, flash ball et grenades assourdissantes ne suffisent visiblement plus à l’Etat, à tel point qu’une dizaine d’hélicoptères de surveillance et de combat (participant parfois au gazage des manifestants), ont parcourus le ciel aidés par un drone du côté français et un dirigeable du côté allemand. On penserait en avoir fini avec l’énumération, mais ce serait sans compter, les canons à eau, les bus pour les arrestations massives, les chars blindés, les avions de chasses et les batteries de tirs sol air, … en bref, une parade répressive invraisemblable. De plus si la présence d’un tel dispositif ne suffisait pas, les forces de l’ordre ont soumis la ville et le village autogéré en particulier, à une pression sans commune mesure. Des contrôles d’identités incessants, toujours plus violents, certains débouchant même sur des menaces de morts explicites de la part des policiers. Une intimidation constante reflétant bien la volonté de l’Etat d’étouffer la mobilisation. Les militant-e-s participant à la construction du village ont dû se soumettre à de nombreuses reprises à des contrôles d’identité et des intrusions de la BAC sur le site même du village, passant totalement outre les accords convenus avec la préfecture.
Pour reprendre le langage cher à la droite, il faut bien reconnaître que Strasbourg est devenue l’espace de quelques jours une véritable zone de non droit. 9.000 bleus, chauffés à blanc par leur hiérarchie, lâchés en ville avec une seule envie, se faire du rouge, et du noir ! Dur de décrire l’ambiance d’une ville sous un tel dispositif, la vie sociale rangée au placard, les sans abris rejetés à la périphérie, les allées et venus restreintes et contrôlées, sans parler des avenues évacuées dans l’heure pour un footing présidentiel de trois quart d’heure… Cet Etat de fait a profondément marqué la population Strasbourgeoise, et quelles que soient ses positions politiques, un seul sentiment primait : l’oppression militaire permanente.
Au final des centaines d’interpellations et des dizaines d’arrestations durant les 5 jours du contre sommet, se terminant le dimanche 5 avril par des contrôles et des fouilles systématiques de tous les militants quittant le village. Les procédures encadrant l’exercice des forces de l’ordre n’auront pas été respectées, que ce soit durant leurs opérations (charges sans sommations, tirs tendus de grenades au visage des manifestants,…) ou durant les arrestations, mais toutes auront été rejetés par le tribunal sous prétexte d’un prétendu « caractère exceptionnel ». Fort heureusement le contre sommet de Strasbourg n’aura pas tourner au drame, contrairement aux précédents. Cependant, le bilan est lourd : outre les centaines de blessés légers, de nombreu-ses-x militant-e-s, ont étaient fiché-e-s et ou arrété-e-s et sont passé-e-s en comparution immédiate. Des peines d’une rare dureté ont été prononcées, et laissent apparaître un traitement différencié en fonction de la nationalité des inculpé-e-s. D’ores et déjà un militant allemand, en réaction à cette justice partisane, a commencé début avril une grève de la faim, d’autres militants ayant refusés la comparution immédiate restent en détention préventive jusqu’au 5 mai, date de leur jugement. Face à cette justice de classe, dont nous connaissons trop bien la propension à se ranger du côté des puissants, ne tournons pas le dos à celles et ceux qui ont lutté !
[ Pour suivre les informations concernant les jugements, et l’après contre sommet : www.antirepression.org ]
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